Il faut sauver le soldat Ratage

Voici un ratage en bonne et due forme :

 

Elle provient d'un compact, l'image est seulement au format jpeg. Le contraste est récupérable, mais le ciel cramé, c'est mort. D'ailleurs, à ce niveau de contraste un peu extrême entre le bâtiment et le ciel, je ne suis pas sûr que même en format RAW, le ciel aurait pu être récupéré un minimum. Allez, je me flagelle un bon coup : l'exposition est nase.

Voilà. Aaaahh, ça va mieux.

Mais ce n'est pas tout. Voici un détail en taille réelle (si tu cliques dessus, tu verras encore mieux ce qui fâche) :

La photo a un léger bruit de chrominance, et aussi un bruit de luminance plus marqué. Le premier est cet aspect de pixels colorés aléatoires ; le second est cet aspect de granularité des pixels (plus clairs, plus foncés...).

En plus il y a comme une légère pixellisation. Je ne sais plus quelle était la focale utilisée, peut-être ai-je zoomé numériquement, ce qui génère un grossissement des pixels de l'image déjà calculée par le capteur (ce qu'il ne faut pas faire), contrairement au zoom optique, qui grossit avec les lentilles de l'objectif l'image à venir (donc qui n'entraîne pas de pixellisation).

Sur mon Reflex actuel, on peut monter en ISO assez haut tout en récupérant ces bruits numériques encore discrets sans altérer l'image (à 1600 ISO, c'est très correct. A 6400, on arrive encore à bien récupérer ; au-delà, je ne crois pas avoir encore vraiment essayé sérieusement). Sur ce compact de l'époque, avec son petit capteur, je le soupçonne qu'à 400 ISO où a été prise cette photo, cela générait déjà une altération de l'image par un bruitage important.

Bon. Je crois que l'état des lieux des dégâts est fait : tout a été minutieusement orchestré pour saboter le résultat, car on peut dire que c'est ? C'est ?

...

... CARREMENT DEGUEULASSE. Merci de l'avoir pensé sans oser le dire.

Pourtant, cette photo du Louvre qui date de 2005, n'a jamais été effacée, alors que rien ne participe à la conserver. Sauf que... j'aimais bien la composition, et les reflets sur un pan de verre incliné, qui reflétait le rapport de l'ancien et de la modernité. Je l'ai gardée uniquement parce que je n'ai pas refait d'autre photo de la même scène par la suite, plus soignée. L'idée est là, et je ne voulais pas l'oublier.

Avec un tel ratage, je n'ai plus rien à perdre. Mon sens du respect de la lumière ne servant plus à rien ici, je n'ai plus qu'à transformer, et voir.

Plutôt que d'essayer de rattraper, je suis parti dans l'idée d'accentuer : la pixellisation ne peut pas se corriger, le ciel cramé non plus, et la correction du bruitage de luminance rajoute une infime couche de flou.

Je peux encore rattraper les contrastes.
Je peux agir sur le bruit de chrominance sans altérer vraiment la netteté.
Je n'ai plus la contrainte de préserver le ciel.

On ne peut plus rien faire pour le côté réel de la photo.

 

Alors j'accentue au contraire l'effet de granularité, fais varier sa grosseur.
J'augmente le contraste.
Je fais varier les noirs, les blancs, pour souligner les arrêtes.
Je rajoute une couche d'exposition positive.
Je ne touche pas à la seule couleur dominante bleue, elle se renforce d'elle-même avec ces paramètres.

Tu peux cliquer dessus.

 

Ca me fait penser à ce grain un peu particulier des ISO élevés argentiques. Les défauts d'origine (léger flou de pixellisation, bruit numérique), sont absorbés par cette granularité assumée.
On regagne en dynamisme de lumière, les frontières entre les blancs accentués et les formes reflétées deviennent plus esthétiques (certains endroits s'estompent dans un effet d'éclat de lumière qui absorbe les contours dans son halo), les reflets plus graphiques. On n'est pas loin de l'esprit d'une illustration, et on gagne en cohérence sous cet angle, par rapport à la photo d'origine qui est ratée au niveau du réalisme.

Il serait plus indiqué d'enlever quelques pixels isolés qui apparaissent sur le ciel au niveau du toit, mais c'est du détail.
La photo reprend de la force, et surtout, plus d'intérêt que l'original. Elle a de la matière, aussi.

Comme je le précisais à un endroit de cet article, je ne répugne pas à travailler avec le crado, en assumant sa dégradation jusqu'au bout. Un graphisme esthétique, n'est pas forcément soigné et propre, à mon sens : parfois, il faut accepter de salir davantage, pour réhausser un semblant d'intérêt inattendu derrière la crasse générée.

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